Détails
- Sections 9
- Leçons 34
- Durée de vie
- 1. IntroductionIntroduction1
- 2. Pourquoi le sport est important pour la récupération6
- 3. Comprendre les besoins des VoT4
- 4. Principes éthiques et de sécurité7
- 5. Pratiques sportives tenant compte des traumatismes7
- 6. Concevoir des activités sportives inclusives et efficaces4
- 7. Prendre soin de soi et être au mieux de sa forme professionnelle4
- 8. Ressources et liens1
- 9. RETOUR D'INFORMATION1
5.2 Comment appliquer cela en pratique
Comment appliquer cela en pratique
Avant d'aborder les stratégies pratiques, il est important de comprendre les cinq principes qui sous-tendent toute pratique tenant compte des traumatismes :
- Sécurité: La sécurité physique et psychologique est prioritaire dans chaque séance.
- Fiabilité: Communication claire et honnête ; cohérence et transparence
- Choix et contrôle : Les survivants ont l'autonomie quant à leur participation et leur corps.
- Collaboration: Les professionnels travaillent “ avec ” les survivants, pas “ pour ” ou “ à ” eux
- Autonomisation: La pratique reconnaît et s'appuie sur les forces des survivants.
Ces principes (Substance Abuse and Mental Health Services Administration [SAMHSA], 2014) devraient guider chacune de vos décisions : de la façon dont vous parlez, à la façon dont vous structurez une séance, jusqu'à la façon dont vous la terminez.
Avant la séance sportive/d'entraînement :
Préparer des conditions sûres et prévisibles
La traite des êtres humains s'accompagne généralement d'une perte de contrôle importante, d'une grande imprévisibilité et d'une atteinte à l'intégrité physique. Lorsqu'elles se retrouvent dans un contexte sportif, les victimes peuvent être en état d'hypervigilance, scrutant inconsciemment les alentours à la recherche de menaces, ou encore émotionnellement anesthésiées. Un environnement prévisible et calme, offrant des options claires et personnalisées, permet de contrer directement cette réaction acquise. Les recherches sur la prise en charge des traumatismes soulignent que la sécurité et le choix sont des conditions essentielles à l'engagement et à la guérison (SAMHSA, 2014). Lorsque les victimes savent à quoi s'attendre, constatent qu'elles ont des options et voient que leurs préférences sont prises en compte, elles commencent à rétablir la confiance, d'abord dans le lieu, puis en elles-mêmes.
Mettre en place une structure cohérente
Planifiez les séances à la même heure et au même endroit chaque semaine. Dans la mesure du possible, faites appel au même animateur et informez les participants de tout changement à l'avance (SAMHSA, 2014). La prévisibilité réduit l'anxiété et aide les survivants à retrouver un sentiment de contrôle, essentiel pour ceux qui ont subi la coercition et l'imprévisibilité durant l'exploitation.
Préparer un environnement physique accueillant
Aménagez un espace lumineux, calme et rassurant. Veillez à ce que les vestiaires offrent intimité et dignité. Proposez des séances non mixtes ou réservées aux femmes si cela est culturellement ou personnellement approprié ; assurez-vous d’un espace suffisant (pas de surpopulation) ; contrôlez le niveau sonore ; prévoyez un accès à des zones calmes si les participant·e·s se sentent submergé·e·s.
Tenir compte des besoins liés au genre, à la culture et à la religion
Certaines survivantes peuvent préférer des séances réservées aux femmes ou avoir besoin d'espaces de prière. Demandez-leur et respectez leurs préférences.
Offrir des points d'entrée à basse pression
Préparez des adaptations avant la séance, par exemple des mouvements doux, la possibilité d'observer, des versions à faible impact des exercices et le choix de ne pas participer. Cela montre aux personnes concernées que leurs besoins seront respectés (Altun, 2017).
Soutien bref en santé mentale
Coordonnez-vous avec un psychologue ou un travailleur social pour qu'il soit présent pendant la séance, ou assurez-vous qu'il soit joignable. Sa présence offre un soutien précieux si un participant éprouve de la détresse et vous permet de vous concentrer sur l'accompagnement (SAMHSA, 2014).
Collectez les informations de manière éthique.
Demandez à l'organisme facilitateur ou au travailleur social s'il existe des informations générales sur les antécédents traumatiques des participants, sans cibler des individus. Cela vous permettra d'anticiper les éléments déclencheurs et d'adapter le dispositif sans stigmatiser personne.
Informez le personnel et l'équipe
Informez à l'avance les assistants/bénévoles que des personnes ayant vécu un traumatisme pourraient participer. Il n'est pas nécessaire de partager les détails du traumatisme ; concentrez-vous sur ce que l'entraîneur doit savoir et adaptez votre discours en conséquence.
N’imposez pas une présence stricte et n’exigez pas de justifications en cas d’absence.
Les survivants peuvent se heurter à des obstacles imprévisibles (problèmes de santé mentale, obligations légales, problèmes de sécurité) qui rendent difficile une présence régulière.
N’utilisez pas de discours compétitifs ou agressifs pour " motiver " la participation.
Des déclarations comme “ Vous devez vous engager ” ou “ Si vous manquez des séances, vous n’êtes pas sérieux ” font écho à la coercition et sapent la confiance (Altun, 2017).
Ne présumez pas que tous les survivants ont les mêmes préférences.
Certains préféreront des coachs masculins ; d’autres se sentiront plus à l’aise avec des animatrices. Certains privilégieront les groupes ; d’autres auront besoin de séances individuelles au départ.
Ne laissez pas les survivants seuls dans un environnement dangereux ou surstimulant.
Une lumière vive, une musique forte ou des espaces clos peuvent déclencher des réactions d'anxiété ou de panique associées à l'exploitation.
Pendant les séances sportives/d'entraînement :
Facilitez avec sensibilité, flexibilité et choix.
Lors d'une activité physique, les victimes peuvent ressentir une vigilance accrue ou une dissociation, ce qui peut engendrer un sentiment soudain d'insécurité. Elles peuvent également être soudainement déclenchées par un son, un mouvement ou une sensation physique qui leur rappelle inconsciemment l'exploitation. De plus, la traite des êtres humains implique généralement la coercition et la perte d'autonomie corporelle ; lorsque les auteurs de ces actes utilisent la force, la douleur ou les menaces, les victimes réalisent que leur corps ne leur appartient plus.
Les recherches sur l'exercice sensible aux traumatismes montrent que lorsque les femmes survivantes bénéficient d'autonomie, participent avec d'autres (appartenance au groupe) et bénéficient d'une facilitation par les patients, les résultats s'améliorent considérablement : réduction des symptômes du SSPT, de l'anxiété et de la rumination, ainsi qu'augmentation de l'autocompassion et de la qualité du sommeil (Kelly et al., 2023 ; Pebole et al., 2021 ; van Reekum et al., 2021).
Utilisez une communication calme, claire et positive
Parlez d'une voix calme et posée. Donnez des instructions simples et avancées, par exemple : “ … »Dans l'instant qui suit, nous nous lèverons lentement. Ce n'est que lorsque vous vous sentez à l'aise que vous pourrez vous dégourdir les bras..Évitez les ordres brusques, les cris et le langage militaire.
Proposer plusieurs façons de participer
Pour chaque activité, présentez des options, par exemple : “ “Vous pouvez vous entraîner avec quelqu'un ou seul. Vous pouvez réaliser le mouvement complet, une version plus douce, ou simplement observer. Le choix vous appartient..” Cette insistance répétée sur le choix renforce l’autonomie et contrebalance le sentiment d’impuissance ressenti par les victimes de la traite des êtres humains. ».
Utiliser le langage du consentement de manière continue
Avant toute activité physique ou tout contact, même un simple “ tape-m'en-cinq », demandez explicitement la permission, par exemple : «Puis-je vous faire une démonstration en douceur ? ” “ Est-ce que nous pouvons nous rapprocher ? »” Cela enseigne aux survivantes que leur corps leur appartient et qu’il faut respecter leurs limites. ».
Privilégier la coopération à la compétition
Concevez des activités qui renforcent les liens, comme des étirements à deux, des exercices de respiration en groupe ou des cercles où personne n'est “ devant ”. Les jeux compétitifs peuvent susciter un sentiment de honte ou d'hypervigilance chez les victimes de traite des êtres humains.
Inclure le mouvement conformément à la réglementation
Associez l'activité physique à des techniques d'ancrage, comme des exercices de respiration, la conscience sensorielle (“ Prenez conscience de vos pieds sur le sol ”) et des moments de silence ou de musique douce. Ces pratiques aident les personnes ayant survécu à un traumatisme à renouer avec leur corps en toute sécurité.
Soyez attentif aux signes de traumatisme et réagissez avec souplesse.
Les signes de détresse incluent le blocage, les tremblements, la dissociation (regard vide), une respiration rapide ou un retrait soudain. Si vous les remarquez, réduisez calmement l'intensité, proposez une activité d'ancrage ou suggérez un moment de calme, par exemple : “ … »Je remarque que vous semblez mal à l'aise. Souhaiteriez-vous faire une pause, ou essayer quelque chose de plus doux ?”
Réduire ou éliminer les déclencheurs
Évitez, lors des premières séances, les exercices qui nécessitent de fermer les yeux, de s'allonger au sol (ce qui peut engendrer une sensation de vulnérabilité) ou les changements de direction brusques. Limitez les bruits forts, les espaces sombres et les activités qui requièrent une contention (être maintenu au sol ou physiquement contraint).
Ne criez pas, n'utilisez pas de langage agressif et n'instaurez pas une atmosphère de pression intense et de " tolérance zéro ".
Pour les victimes de la traite des êtres humains, ces tactiques font écho aux méthodes de contrôle employées par les agresseurs.
N'imposez pas de contact physique
Même une main posée sur l'épaule, dans un but d'encouragement, peut déclencher la panique chez une survivante dont le corps a été violé.
Ne présumez pas des capacités de quelqu'un.
Une personne qui paraît forte peut se sentir faible intérieurement ; une personne qui semble renfermée peut posséder une force intérieure immense. Évitez les commentaires du genre : “ … »Allez, tu peux faire mieux.”" ou "“N'ayez pas peur“".
Ne posez pas de questions personnelles et n'exigez pas de divulgation
Des questions comme “D'où venez-vous ? Pourquoi ne participez-vous pas ?”" ou "“Avez-vous de la famille ?” Cela peut ressembler à un interrogatoire et déclencher des réactions traumatiques. ».
N’ignorez pas les signes de détresse et ne les forcez pas.
Si une personne se fige, se dissocie ou manifeste un malaise visible, arrêtez-vous et offrez-lui votre soutien – n’insistez pas pour qu’elle continue.
N'exercez pas de pression sur vos pairs ni de surveillance publique.
Les séances de feedback en grand groupe, le fait d'être mis en avant pour recevoir des éloges ou des corrections, ou les exercices où chacun observe les autres peuvent déclencher un sentiment de honte.
Après la séance de sport/d'entraînement :
Soutenir l'ancrage, la réflexion et la continuité
La fin d'une séance est aussi cruciale que son début. Le système nerveux des personnes ayant subi un traumatisme reste en état d'alerte maximale pendant et immédiatement après l'activité physique. Sans une conclusion apaisante, elles peuvent quitter la séance dans un état de dérégulation, par exemple anxieuses, hypervigilantes ou engourdies. Ceci peut engendrer des ruminations, des troubles du sommeil ou un évitement des séances suivantes (Pebole et al., 2021 ; Vigue et al., 2023). De plus, la traite des êtres humains implique généralement un abandon ou une trahison brutale : les agresseurs disparaissent ; les réseaux de soutien s'effondrent. Lorsqu'un coach ne se présente pas, oublie une séance ou ne fait pas de suivi, les victimes l'interprètent comme un abandon et leur confiance dans le programme s'érode. À l'inverse, une conclusion bienveillante et cohérente contrecarre directement le traumatisme de l'abandon et favorise un attachement sécurisant (Makawa et al., 2025).
Les recherches sur les survivants de violences sexistes participant à des programmes de sport pour le développement montrent que le soutien par les pairs, les échanges sans jugement et la réflexion structurée augmentent considérablement la résilience et le sentiment d’appartenance à une communauté (Vigue et al., 2023).
Terminez par une routine apaisante
Terminez chaque séance par 5 à 10 minutes d'ancrage.: respiration lente, étirements doux, position allongée (si les participants le souhaitent), ou un moment de silence.
Utilisez un langage doux : “Laissez votre respiration ralentir naturellement. Sentez le sol sous vous. Vous êtes en sécurité.”
Cela aide les participants à passer d'un état d'excitation intense à un état de calme.
Fournir une réflexion facultative
Proposez des outils de communication non verbale pour permettre l'expression des émotions sans forcer la révélation : utiliser des jetons dans un bocal (vert pour “ bien ”, jaune pour “ acceptable ”, rouge pour “ difficile ”), dessiner les émotions ou utiliser des gestes (pouce levé/au milieu/baissé). Respectez le silence ; ne forcez personne à parler.
Faites un bref check-in
Le cas échéant, demandez doucement à chaque participant,
“Comment vous sentez-vous ? Avez-vous besoin de quelque chose avant de partir ?“
Écoutez sans juger. Si quelqu'un exprime sa détresse, validez-la :
“C'est logique. La journée a été intense, et tu as bien géré la situation.”
Proposez-leur de les mettre en contact avec un psychologue ou un travailleur social.
Respecter la confidentialité
Toute réaction inquiétante (panique, tristesse persistante, dissociation) doit être documentée et partagée uniquement avec le personnel de soutien concerné, avec le consentement éclairé du participant.
Renforcer la continuité
Concluez en rappelant aux participants la date de la prochaine session :
“Nous nous retrouverons ici la semaine prochaine à la même heure. J'ai hâte de vous revoir.."”
La prévisibilité et votre présence constante permettent d'instaurer la confiance au fil du temps.
Ne demandez pas de retour verbal
Certains survivants ne sont pas prêts à parler ; les forcer à partager leur histoire peut être perçu comme une intrusion.
Ne colportez pas de rumeurs
Ne colportez pas de rumeurs ou discuter du comportement d'un participant avec les autres membres du groupe. La confidentialité est essentielle à l'instauration d'un climat de confiance.
Ne dirigez pas un participant vers un service de soutien en santé mentale sans avoir préalablement consulté le travailleur social ou l'organisme.
Les orientations inappropriées ou les pressions pour “ se faire aider ” peuvent être vécues comme un rejet.
